Lâche ma veste, monsieur !
Blog d'un lycéen geek passionné par tout ce qui bouge
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Je vous ai parlé récemment du Lip Dub organisé par la jeunesse UMP. Je vous ai même détaillé quelques points qui me surprenaient dans cette vidéo.
Il y a un fait qui m’a surprit, et qui a surprit plus d’une personne. En effet, au début du clip, on peut voir une personne en chaise roulante, bien intégrée à son groupe de jeunes UMP, ce qui montre que la jeunesse UMP pensent aux personnes handicapées et les intègrent dans leur groupe, et par extension dans la vision de la société qu’ils veulent créer.
Tous nos jeunes acteurs de la vidéo montent dans un train, sauf la personne en fauteuil roulant. Elle reste sur le quai, on ne la reverra plus dans la vidéo. On pourrait croire que c’est dû à un manque de rigueur des réalisateurs, ou de difficulté à intégrer cette personne à l’image, mais beaucoup de personnes, comme moi, ont interprété cette image comme un rejet. Comme si la nouvelle société que veut bâtir la jeunesse UMP rejetait les personnes handicapées, les « laissait sur le quai ».
Garyas, un jeune humoriste, handicapé de naissance, a réagi assez vivement, par le biais d’une vidéo-lettre ouverte que je vous laisse écouter attentivement.
Comme vous avez pu l’entendre, la critique de Garyas est vive, mais juste et réaliste. Son message m’a touché, et il me parait important de le relayer. En effet, Garyas touche à un point sensible de notre société : l’intégration des personnes handicapées dans notre société.
En effet, même si des efforts sont faits pour améliorer le quotidien de ces personnes (adaptation des transports en commun ou des accès aux centres culturels dans les grandes villes, aides à la personne, …), la vie de ces personnes reste dure, et il est surtout difficile pour eux de vivre indépendamment, chose qui est anormale à l’époque où nous vivons.
Voulant approfondir le message que Garyas veut faire passer par le biais de sa lettre ouverte, je me suis permis d’aller « virtuellement » à sa rencontre pour l’interviewer :
Ianis : A propos du jeune homme en fauteuil roulant qu’on voit dans le clip des jeunes UMP. Que pensez-vous de cette figuration ? Pensez vous que cet homme est là pour faire l’ « handicapé de service », pour faire bonne figure dans la vidéo ?
Garyas : Il est sans doute jeune UMP par conviction et je pense qu’il ne croit pas être là pour faire bonne figure. Pour ma part à sa place j’aurais sans doute refusé.
Ianis : Pourquoi auriez-vous refusé ?
Garyas : Parce qu’on a du lui demander « on a besoin d’un handicapé » et que je ne vais jamais quelque part pour ce genre de raison.
S’il avait été intégré comme tous les autres jeunes, il ne serait pas mis en évidence.
Ianis : Vous dites « Si ce train symbolise le train du progrès vers une nouvelle société, voulez-vous laisser les personnes handicapées sur le quai ? » Pensez-vous vraiment que les personnes handicapées sont « oubliées » dans la construction d’une nouvelle société ? Et, sans regarder dans le futur, aujourd’hui, pensez vous que les personnes handicapées sont suffisamment accompagnées dans notre société ?
Garyas : Je pense qu’on fait en France le minimum « légal » au niveau adaptation selon les directives européennes, qu’on le fait le plus tard possible, et surtout n’importe comment. Je fais partie des personnes handicapées très indépendantes et pour moi ce sont des petites choses qui changent la vie. Je n’aurais pas besoin d’être « accompagné » si on pensait à tout le monde dans la conception des outils du quotidien et des lieux de vie.
Il ne faut pas se voiler la face, tout le monde ne peut pas avoir une vie normale, la mienne non plus n’est pas complètement normale, mais tout se joue au niveau du nombre de concessions à faire pour vivre un minimum comme tout le monde.
Il m’arrive régulièrement de devoir choisir entre avoir soif et avoir besoin de pisser, car on trouve très peu de WC accessibles. Avant de boire un verre, je dois déjà penser à ça.
Ianis : Vous m’avez dit que la France avait beaucoup de retard dans l’accompagnement des handicapés vers leur indépendance, en comparaison avec la Suisse où vous vivez. Pourriez-vous citer des exemples d’aide que fourni la Suisse mais sur lesquelles la France a du retard ?
Garyas : En Suisse, dans une gare, un ascenseur hors service plus de 24 heures, c’est rarissime. En France on trouve des ascenseurs hors service depuis 18 mois.
Après je pense aussi aux automobilistes qui bloquent les abaissements de trottoir, ou qui bloquent même le trottoir. Il est ici question de discipline individuelle, mais aussi d’impunité.
Je ne vais pas parler de prestations financières car je ne connais pas la situation avec exactitude, ce que je sais c’est qu’en France, la prestation est calculée pour une personne en institution ou en famille et qu’il est impossible de vivre seul avec une allocation pour adulte handicapé.
Ianis : Dans votre message, vous dites « Allez visiter les universités, les écoles, et rendez-vous compte des problèmes d’accès ». Avez-vous déjà du renoncer à une formation ou une université par ce que celle-ci n’était pas adaptée à votre handicap ?
Garyas : Non, j’ai fait ma formation en Suisse, mais malgré l’adaptation c’est souvent minimaliste. Quand à la situation en France, j’ai des informations qui me disent que d’autres personnes sont dans ce cas. Pour ma part, le peu d’universités que j’ai visitées, il y avait déjà des problèmes rien que pour entrer dans les bâtiments ou accéder aux auditoires, et souvent, quand c’est possible, ça ne l’est pas sans aide. Il y a sans doute des exceptions, des universités et écoles bien adaptées, mais je n’en ai encore pas vues, et mes nombreux contacts non plus. Et je ne parle pas des résidences …
Ianis : Qu’entendez-vous par « mais malgré l’adaptation c’est souvent minimaliste » ?
Garyas : De ce que j’ai vu, c’est un ascenseur à un bout du bâtiment, une ou deux places sans chaises, mais on pourrait faire beaucoup mieux. Changer de salle prend beaucoup de temps, et quand on arrive, souvent les places accessibles sont prises.
Ianis : Vous demandez aux jeunes UMP et aux ministres qui ont « le temps de faire le clown devant les caméras » si ces personnes voudraient, pendant une journée, prendre le temps de vivre comme un handicapé et de voir les difficultés que vous rencontrez au quotidien. Si une de ces personnes acceptait de passer une journée ainsi, l’accompagneriez-vous pour lui montrer vous-même les difficultés que cette personne rencontrerait et pour lui expliquer comment se « débrouiller » pour surmonter ces difficultés ? Est-ce une invitation ?
Garyas : Oui c’est une invitation, la seule chose c’est que je ne dispose pas personnellement de fauteuil roulant à prêter. Mais je pense que s’il y a une volonté de la part d’un élu, on trouvera bien à en louer un. Cette invitation est faite à tout élu, pas seulement aux UMP. Si cela débouche sur quelque chose, ca sera pour moi que ma vidéo a atteint son but.
Je suis aussi prêt à apporter mes connaissances aux élus, ministres, etc …
Ianis : Dans la fin de votre lettre, vous proposez vos propres paroles pour la chanson, des paroles un peu fortes et osées. Pensez-vous vraiment ce que vous dites ? Est-ce un constat de la société actuelle, ou une crainte pour la société future ? Est-ce une provocation pour faire réagir les gens ?
Garyas : Un peu de tout cela en fait. Je pense qu’on se montre intéressé en façade, mais qu’on entend dans les bureaux que quand même « ils font chier ces handicapés ». Je suis persuadé qu’il ne va pas de soit pour beaucoup de politiques qu’on puisse vivre normalement et en totale indépendance ou presque lorsque l’on est sur une chaise roulante. Mais oui, mes paroles sont écrites en mode provocation, j’espère vraiment que les jeunes UMP me prouveront que je me trompe, et j’attends d’ailleurs avec espoir qu’ils répondent à ma lettre ouverte.
Ianis : Vous anticipez ma dernière question. Attendez-vous une réponse du chef de l’état Français, ou au moins d’un membre de l’UMP ?
Garyas : J’espère par cette vidéo obtenir les ouvertures nécessaires à montrer que de petites décisions avec de petits coûts peuvent changer beaucoup de choses. J’espère vraiment que cette intervention va faire réagir ceux qui ont le pouvoir de changer les choses et je suis prêt à travailler aux côtés de toute personne prête à améliorer l’accessibilité, quel que soit son parti.
A quand un poste de secrétaire d’état à l’accessibilité et à la vie autonome dans le gouvernement, tenu par une personne en situation de handicap bien sûr ?
Ianis : Merci beaucoup d’avoir répondu à ces quelques questions. Quelque chose à rajouter ?
Garyas : Merci de votre attention et de votre intérêt en tout cas. Je me réjouis de passer sur votre blog
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Je remercie Garyas de m’avoir accordé un peu de son temps. Grâce à ce dialogue, je comprends mieux son message, et j’imagine un peu mieux les difficultés qu’il peut rencontrer au quotidien.
Mais ça ne s’arrête pas là. Garyas lance aujourd’hui un appel aux médias, un appel aux politiques, à tous ceux qui voudront bien l’entendre et le soutenir, pour que demain, les personnes handicapées puissent vivre en toute indépendance et sans rencontrer plus de difficultés qu’une personne comme vous et moi, capable de marcher sur nos deux pieds. Et c’est justement nous qui aujourd’hui devons faire passer le message, relayer la lettre de Garyas pour qu’elle puisse être entendue, pour qu’il puisse obtenir une réponse, pour que son message ne soit pas vain.
Après avoir entendu ce message, j’ai fait mon choix, celui de le soutenir. Et si vous aussi, vous êtes touchés par cette lettre ouverte, n’hésitez pas à la relayer autour de vous, dans les médias, à vos contacts, pour que ce message puisse être entendu et que la nouvelle société que veut bâtir la jeunesse UMP, ou n’importe quelle autre jeunesse, puisse prendre en compte ces personnes et bâtisse une société adaptée à leurs contraintes et leurs besoins.
Je vous laisse relire les paroles de Garyas :
Tu voulais faire parti du monde
Mais tu ne tiens pas sur tes pieds
Nous on n’hésite pas une seconde
Et on te laisse sur le quai
Vous pouvez trouver ça immonde
De prôner l’inégalité
Mais c’est notre vision du monde
On n’fait pas dans la charité
[Edit] Je me vois contraint de rappeler que, conformément aux mentions légales, « Toute reproduction, intégrale ou partielle, hormis une citation accompagné d’un lien vers sa source, est interdite sans mon autorisation préalable ».